Les putes par vice et par nécessité…*


Ils sont devenus fous… je ne sais pas si c’est l’effet de la colle qui les cloue à leurs chaises ou leurs salaires mirobolants qui leur fait perdre tout entendement. La super glue est le sponsor officiel de nos politiciens. Une bouffée de colle fort… ça monte directement à la tête. Faut pas croire que c’est uniquement les gamins qui « callfrou » sous les murs, les murs de l’ANC abritent ces pratiques douteuses. On a vu ce spectacle affligeant de ces ministres s’accrochant à leurs postes comme à des bouées de sauvetage…. J’en connais certains qui vont bientôt prendre du goût à  l’eau de mer après leur naufrage spectaculaire.
Cela n’est un mystère pour personne, le pouvoir rend fou les hommes et hystériques les femmes. Ils viennent sur les plateaux télé à grand renfort de chiffres revendiquer une soi disant légitimité… oubliant que la seule légitimité est celle des urnes,  grâce auxquelles ils ont été élus pour un mandat d’un an… ils ont oublié qu’un ministre est subordonné à son premier ministre qui se charge de sa nomination ou de son éviction… par un superbe élan d’hybris, ils se révoltent contre celui qui les a intronisés. Mais ces pantins n’ont rien d’un Prométhée, tout juste ont-ils la prestance d’un morveux colérique à qui l’on arrache son jouet… Et voilà que l’on a eu affaire à une déferlante de leurs jérémiades sur les plateaux télés et à la radio…puant l’opportunisme vénal.
La prostitution et la politique sont les deux plus vieux métiers du monde… et le goût des politiciens pour les prostitués ne datent pas d’hier. Les premiers pratiquent la putanerie par vice, les secondes, par nécessité.  On en voit des douzaines à la pelle, ces putes qui tournent autour du pouvoir…vendant leur dignité au rabais à celui qui leur offre le plus. Ça réclame des postes, ça réclame des honneurs et après ça chie sur le peuple au nom d’une prétendue légitimité arrachée à l’usure.  .
Pour parvenir aux plus  hautes sphères de l’Etat, rien de mieux que de passer  par les plus basses besognes ou sous la table c’est plus simple. On en a vu de ces partis, prostituer leurs idéaux, sacrifiant leurs principes, pour avoir le bonheur de taper avec un marteau… Moi si j’avais un marteau je les taperai tellement fort qu’ils décolleront de leurs sièges, un bout de bois collé aux fesses.  Taper du marteau, faire la tapette , nous taper sur les nerfs ; taper à côté, mettre des bagues tape à l’œil, taper des mains, … faire le tapin.
« La rue nous connaît »… inutile de se méprendre, il ne s’agit pas du cri de ralliement des putains d’Abdallah Ghech, parties chasser le loup…C’est l’élan du cœur d’une autre thuriféraire du pouvoir, prise par la transe du coq égorgé comme on dit chez nous …peut être qu’arpenter la rue avec les chaussures de Leila Ben Ali et l’égo gonflé misérablement de ce butin révolutionnaire, ça doit être moins fatigant.
 Je crains que pour certains politiciens, la péripatécie, ne soit pas qu’une métaphore.
*Article paru sur Tunivision numéro de mars 2013

Femme cherche gay pour mariage de raison


« Tu as les lèvres si roses que j’ai envie de t’embrasser » me disait souvent ma meilleure amie d’enfance. Moi je faisais une moue de dégoût : « je n’aime pas les filles, tu es dégoûtante ». « Moi non plus, me disait-elle, mais je t’embrasserai un jour par surprise ». Ce jour là n’arriva jamais. Je n’ai jamais connu les plaisirs auxquelles s’adonnent les jeunes filles en attendant, l’individu de sexe mâle que la nature leur a si généreusement consacré. Il pesait sur l’homosexualité, à un âge où l’on découvre à peine son corps, ce goût effroyable de l’interdit qui plaît tant à l’adolescence. Certaines jeunes filles devant le lycée s’amusaient à échanger des smacs le matin en guise de bonjour, se délectant du soupçon pesant sur elle, sur leur pratique des amours saphiques. Les garçons efféminés étaient l’objet de raillerie, mais on regardait avec un œil d’appréhension curieuse celles sur qui cette lourde accusation portait. Je me rappelle ces messes basses et ces histoires accusatrices qui pointaient du doigt celle sur qui  devait tomber l’anathème. « Tu sais l’autre fois, quand je suis allée chez elle, pour préparer l’exposé pour le cours d’arabe, elle m’a sorti un livre, avec des photos de femmes dénudées dans des positions équivoques et elle m’a dit si on faisait pareil ? ».  Et les autres prudes de répondre « ohhhh !! c’est vrai ? » ;  « je m’en suis toujours doutée… rien qu’à sa façon de me  regarder ».
Et les fantasmes de ces pauvres adolescentes victimes de leurs frustrations et de leurs imaginations pouvaient aller très loin : « elle m’a embrassée de force », ou encore « je l’ai surprise dans les toilettes avec une autre ».
La lecture de Colette, à l’âge de 14 ans m’avait ouvert la voie vers une autre forme de sexualité, plus troublante encore, la bisexualité qui me semblait alors le comble de la débauche. En matière de sexualité, pour moi il fallait choisir. J’ai compris depuis qu’en matière d’amour, il n’y avait pas de  normes.
Une de mes meilleures amies vient un soir me dire que la veille dans une boîte de nuit, elle avait embrassé une fille, que c’était juste pour essayer . Elle n’avait pas aimé, c’était trop sucré. C’était devenu banal. Le matraquage médiatique que l’on subit continuellement dans les pubs, à la télé, dans les films, nous présente le culte voué à l’androgynie comme parangon d’une sexualité ontologique.
Ne pouvant souffrir du regard qu’une société arabo musulmane porte sur elles, beaucoup de femmes choisissent de se marier avec un partenaire gay pour sauver les apparences et pour que chacun vive respectivement, librement. Le nombre d’annonces qui fleurissent sur la toile est en ce sens édifiant. Ces personnes cherchent un mariage de convenance qui permettrait à la femme «  de vivre sa vie comme elle l’entend » et permettrait par la même occasion « à un jeune homme gay de pouvoir échapper à la pression familiale et de vivre sa vie pleinement ». L’âge moyen de ce genre de demandes est la trentaine quand la pression familiale devient la plus forte. Le profil est celui de personnes assez cultivées, cadres sup et qui cherchent un profil adéquat pour que cela ne paraisse pas aberrant. Ce mariage de raison confirme encore une fois une hypocrisie sociale : celle du mariage à tout prix et des convenances auxquelles très peu aujourd’hui se conforment.
Cette tendance qui tend à se généraliser tout autant que le mariage coutumier, prouve que notre modèle de société a besoin de toute urgence de se repenser. Jusqu’à quand les mensonges, les instincts refoulés et les faux semblants pour correspondre à un moule respecté en apparence, transgressé en secret produisant des personnes désaxées portant sur le dos le poids éternel des « Laïos » mortifères?

Dis -moi par où tu baises, je te dirais qui tu es…


Il semblerait que le nombre de vierges  le soir du mariage semble proliférer en Tunisie…Après être passées par la case « je baise et je m’assume », ou encore celui de « j’ai été violée par mon oncle quand j’avais 10 ans », ou celui « j’ai fait un mouvement brusque ». Très à la mode aussi, "je me suis mariée 3orfi" le tout à grand renfort de versets coraniques et d'un jelbab tout aussi long que la pudeur. 
 Voici venir l’ère des vierges artificielles, celles qui ont choisi de tromper leurs maris, pour le meilleur et pour le pire… « c’est tout ce que mérite ce connard » diront beaucoup ; d’autres affirmeront ne pas vouloir toutes leurs vies, payer des erreurs de jeunesse. El 3arbi 3arbi, c’est connu et surtout, el 3arbi est rancunier.
Pas vues, pas prises (excusez ce vulgaire jeu de mot), sont ces  belles vierges effarouchées qui n’ont juré la baise, que par la biaise. Elles sont là, dandinant fièrement, leurs faux-culs.
Tous mes amis garçons ont juré tous leurs dieux, avoir couché au moins une fois dans leur vie avec une vierge partielle. La sodomie chez ces  jeunes filles semble être une pratique très courante. Dénonçant haut et fort une hypocrisie sociale qu’elles ne cessent d’alimenter, elles arrivent toutes fraîches toutes vierges, gardant secrètement au creux des reins, les cachets de leurs sévices. Avoir un hymen intact n’a jamais été une preuve de virginité, car plus d’un membre masculin totalement illicite a bien pu chevaucher leurs impudiques monts de Vénus.
 Un ami médecin m’a raconté l’histoire d’une de ses collègues infirmières, men jeme3et elli ikhafou rabbi, qui avait ramené sa sœur innocente pour être auscultée pour des problèmes gynécologiques, en jurant ses grands dieux qu’elle était née de la dernière pluie. La sœur débarque, metkhbabla fi jelbebha. Le médecin l’examine et découvre qu’effectivement elle était vierge, mais en retournant la marchandise, il découvre, florissante, une crête de coq de l’autre côté de la barrière. L’infirmière lui demanda après, si tout était dans l’ordre, lui tenu par le secret médical, répond que oui. Prise par le virus «  marions tout le monde à tout prix » elle insiste pour qu’il l’épouse après avoir  eu la certitude que sa sœur ne souffrait d’aucun péché… véniel.
Combien de garçons voulant pratiquer le missionnaire, se retrouvent, non sans déplaisir, à pratiquer la levrette… Ceci a sûrement du bon, car quand on connaît le nombre de prudes qui se refusent à la pratique de la sodomie postnuptiale, autant partir à l’assaut  de ces galbes  bradés au plus entreprenant, en toute discrétion.
Messieurs si le soir de ses noces, la belle refuse qu’on la prenne par derrière et qu’elle se mette à le réclamer une semaine après en vous faisant croire que c’est juste pour essayer et que soudain, elle voue un culte à son cul… je crains fortement, qu’il s’agisse d’un faux cul..

Chocotom... ma ye3jebnich*


Chez mon grand père, je faisais les courses chez 3am Youssef, un épicier djerbien installé avec femme et enfants à Bizerte. Je l'ai toujours connu vieux, comme mes grands parents qui n'ont jamais changé d'âge. Je piquais des petites pièces dans le porte monnaie de ma mère (puisque mon père n'en avait pas et il mettait ses sous dans sa poche) et je courrais prendre des bonbons à 5 mlm, les petits bonbons rectangulaires qui ressemblent à des comprimés et qui cassent toujours sous la dent comme de la craie. Il y en avait des roses, des jaunes, des verts et des oranges. J'attendais impatiemment que 3am youssefqui faisait toujours sa prière à l'heure,dans l'arrière boutique, sur un carton taché d'huile, entre les cageots de coca cola et chakayer el farina bou khamssine kiloufinisse.Jemettais alors tous les sous que j'avais sur le comptoir et comme à l'époque je ne savais pas encore compter, il me rendait toujours souriant les francs et les centimes me disant que "hadhouma ma yemchiouch fi bledna. . Il avait, accrochés à son 7anout, de grands sacs mechema3 bleus rouges et verts. Il y avait dessus une immense fleur grossièrement dessinée et l'anse était faite dans un plastique épais qui faisait mal aux mains.
Aujourd'hui quand je revois 3am youssef 20 ans après, il est toujours aussi vieux que dans mon souvenir, peut être tremble-t-il encore plus. Et puis une fois ma grand-mère est tombée malade. Les gens qui venaient la voir ramenaient toujours de gros paquets de sucres de couleur bleu avec un aigle dessiné dessus, on avait droit aussi au bakkou teyakhdar, et la cerise sur le gâteau de el dhiatha, c'était bien entendu le bakkou chocotom. Je détestais la vue de ce paquet qui résumait à lui seul la misère et la maladie. Je détestais la grosse fleur rose sur fond bleu qui était à mes yeux de petite fille, du plus mauvais goût. Et ce biscuit quadrillé avec ce chocolat infect à l'intérieur, quel horreur!!! Surtout que j'avais l'habitude des petits prince de Lu et BN. Non chocotom ma ye3jebnich!! Et si ma nachba3ech manou c’est qu'il est tellement infect que je le mange pas!! Ce que je trouvais assez drôle dans ces visites, c'est que si par exemple la personne qui venait rendre visite tesselna khamssa lef, suite à une visite précédente de ma famille; elle achetait autant de sucre queelli ensalouhom. A l'époque le sucre coûtait 500 mlm et on se retrouvait avec 10 paquets de sucre pour que le compte soit bon. Peut être que c'était des gens qui achetaient à crédit chez l'épicier et qui trouvaient cette formule assez pratique pour ne pas avoir à débourser ces précieux 5 dt. Et puis les paquets de thé et de sucre s'entassaient tellement que l'on finissait par tout revendre à l'épicier. Et puis c'était l'époque où le pain ne coûtait que 100mlm et il avait augmenté de 10 ou 20 mlm je sais plus. Je m'inquiétais moins de l'augmentation du prix du pain que de celle du kaki. Mouch kelit faj3a se3ethaChakara Kaki et ka3ba gaucho coutaient 100mlm aussi. Ma hantise fut pendant longtemps que l'inflation touche chakaret el kaki et que celle-ci s'aligne sur le prix du pain de telle sorte que je n'avais plus les moyens de m'acheter cette précieuse denrée. J'étais prête à descendre dans la rue pour manifester!! Touchez à tout sauf à mon kaki!!droit aux enfants de bouffer du kaki!!! Enfants ou adultes, on a tous à un moment donné, été secoués par la hausse du coût de la vie, certes chacun avait ses priorités. Fort heureusement pour moi, chkarat el kaki coûtemême vingt après, 100 mlm c'est juste la quantité qui a diminué de moitié...et le prix du pain qui a doublé.
Toujours est-il que, à chaque fois que je m'achète chakara kaki d'une nasba oura elpalmarium, je me rappelle du temps béni de mon enfance, où je piquais la petite monnaie dans le porte monnaie de ma mère pour courir chez 3am youssef l'épicier: miya 7alwa7arabech 3am youssef ou ka3ba gaucho...
*texte publié en 2008 sous le titre "3am youssef l'épicier et l'inflation"

On ne demande pas à naître…et rarement à mourir



Je n’ai jamais connu Chokri personnellement. Comme la plupart je ne connaissais de lui que ses coups de gueules médiatiques à la télé et son passé militant. Il m’arrivait de le rencontrer de temps à des rassemblements de la société civile. Chokri faisait partie de ma vie, par intermittences, le temps d’un  débat télévisé ou d’un rapide passage radio… et pourtant j’ai pleuré cet homme que je n’ai jamais connu. Tunisien de toutes ses tripes.
 Sur toute l’autoroute qui me reliait de Sfax à Tunis j’ai pleuré. Et je continue en écrivant ce soir, à pleurer cet homme, que je n’ai jamais connu. Je pleure la voix de l’opprimé que l’on a voulu faire taire en le taisant à jamais. Je pleure et il pleut… des bombes lacrymogènes, il pleut… c’est la colère des voix que l’on a voulu taire. Il pleut des bombes,  les macaques dansent leur danse macabre, dans un ultime sursaut de vengeance. Ils savent que les minutes leur sont comptées. Aujourd’hui tout le monde a changé sa photo de profil et crié «  kolna chokri belaid » si nous avions tous été Chokri Belaid, il serait encore là aujourd’hui. Notre cyber courage est en ce sens remarquable. Mais l’homme de la rue, lui, est mort à balles réelles.
En voulant le faire taire, on a réveillé un peuple sous léthargie : c’est la colère qui gronde et elle ne se taira pas.
Je veux dire à ses filles : j’aurais aimé avoir un père comme Chokri Belaid, même si le mien est lui aussi à sa manière héroïque.
Les macaques lui ont rendu aujourd’hui un vibrant hommage… jusque dans la mort, il les a bravés. Mort il a soulevé les foules, mort il a accompagné  ses camarades jusqu’à l’avenue et a reçu sa part de larmes, post mortem. Mort, il a fait trembler le chacal dans sa tanière.
On ne demande pas à naître…et rarement à mourir. Mort, cet homme fera plus pour la Tunisie que de son vivant. Tel est son destin tragiquement héroïque... la mort est un jour de naissance pour un martyr. A Chokri Bel Aid, né pour sa patrie, le 06/02/2013...

La Tunisie, un peuple (q)u('on) nique



C’est l’histoire d’un peuple unique, le peuple tunisien, et d’un pays la Tunisie… après des années de glandouille, de chicha, de bambalouni, de 7 novembre et aid kebir, après l’immolation d’un marchand ambulant et la fuite d’un dictateur qui s’avéra plus peureux que le peuple qui avait peur de lui, il prit son destin en main. Dieu ou le destin ne pouvait être sourd à de si patients sujets…
Une ou deux kasbah plus tard, il s’avéra que quelques partis politiques, et officiellement le peuple, voulurent une assemblée constituante…or cette assemblée devait être quelque chose de bien savant, car quand on demandait à ce même peuple qui l’avait demandée pourquoi il la demandait, fait bizarre et typique des gens ensorcelés ou sous influence, il regardait béat et ne savait que répondre. Bien fait pour lui, un peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite…
Bien fait ou mal fait, le peuple en plus de sa famille, hérita de 217 bouches à nourrir avec les avantages svp… Non contents de nous pomper notre fric en dinars et en devises, l’assemblée constituante et le gouvernement  qui en est issu (car rappelons-le, les chiens ne font pas des chats) décidèrent d’un commun accord de s’octroyer des vacances tant méritées après les années de luttes acharnées contre la dictature depuis l’étranger… Allez hop au Bardo ! et glandouillons svp… le plus longtemps possible, je vous prie, le salaire suivra.
Mais, bon à vrai dire, je vais pas trop faire ma difficile. C’est vrai que si j’étais payée 4000 dinars par un peuple imbécile qui m’offre tout son avenir sur un plateau, je me foulerais pas des masses pour écrire sa constitution, parce qu’en plus d’être mauvaise langue,  je suis une opportuniste,  certes flemmarde, mais pas imbécile pour autant. Honni soit, qui peu glanda… Le fait qu’ils profitent à fond du système est la meilleure preuve en mon sens, qu’il s’agit bien de tunisiens, on se comprend entre ouled bled… et on se soutient…la preuve : toutes ces manifestations pour soutenir le gouvernement entre faillotage spontané et faillotage organisé à 10d la journée et un casse-croûte.  Qu’attendre de députés, qui longtemps exilés à l’étranger, jouissant de leurs pleins droits, viennent aujourd’hui enlever aux tunisiens qui se sont soulevés contre la dictature un droit fondamental et pour lequel ils se sont battus… au lieu de cette liberté tant rêvée nous avons eu droit à une loi incriminant les atteintes au sacré toujours selon le principe qui a fait le bonheur de la dictature : une voix unique, un régime unique, un parti unique, une religion unique… un peuple con, un peuple unique, un peuple qu’on nique.

Paru dans Tunivision numéro octobre 2012 sous le titre "honni soit qui peu glanda"

برى إتعلمي القران بالسوري و نايا خليني نتعلمو بالعربي

Je me rappelle d'une histoire avec ma grand-mère et un saint de la région de Bazina au nord de bizerte " Sidi Ali ben Abid".Je devais avoir 9 ans, je rentrais de France et on nous avait appris à l'école en Tunisie, qu'aller voir les saints et les prier c'était haram.. On organisait la zerda de Sidi Ali chaque année à la rentrée. Je me rappelle des spectacles de tabel et de chevaux, des cracheurs de feu, des vendeurs de poupées en sucre. c'était la seule période de l'année où ce petit village voyait des gens arriver de tous les coins et tout le monde attendait cette zerda pour rencontrer des amis ou de la famille que l'on ne voyait qu'une fois par an. On appelait aussi cette fête "3ers sidi 3ali ben Abid". Je me souviens des marabouts aux alentours, des histoires à dormir debout de jen et de ghoul et de vieux iddihom etjemed el mè...
Quelque temps après, j'accompagnais ma famille. Mon père y allait pour retrouver ses cousins éloignés et des amis d'enfance, il ne croyait pas plus qu'un autre que les saints aient un quelconque pouvoir.
Mais ma grand-mère... ah ma grand-mère c'était quelque chose... il fallait la voir quand tetkhamer... je l'accompagne donc...on entre dans le ,mausolée, rempli de monde. je vois des traces de mains au henné sur les murs, des inscriptions bizarres, des noms de femmes, des bougies, de la petite monnaie sur le cercueil du saint. J'ai un peu peur.  Ma grand-mère prise de transe se met à crier en pleurant ( je crois qu'elle se forçait un peu car ma mamie est une grande comédienne)  "يا سيدي علي بن عبيد يا سيدي علي بن عبيد راني جيتك شاكية باكية... أغفرلي ذنوبي..." 
Elle frappe de toutes ses forces le cercueil et s'écrie "قوم إتقعد"
Prise d'un élan soudain d'islamisation et me rappelant les recommandations de ma maîtresse je lui dis timidement" mais mamie, ce que tu fais c'est haram, c'est Dieu que tu dois prier, pas le saint" elle me lance hargneuse " برى إتعلمي القران بالسوري و نايا خليني نتعلمو بالعربي"
Encore heureuse que ma grand-mère est décédée avant d'assister à la colonisation wahabite, elle aurait vu que certains arabes sont pires que les français.

Cette année la zerda n'a pas eu lieu, les autorités ont pris peur des salafistes et ont voulu éviter de leur offrir  une occasion de s'en prendre à eux. 
Cette année un épisode de l'identité culturelle de cette région a été effacé, mais ce souvenir ce mon enfance est là, brûlant de vie. Notre mémoire collective, personne ne réussira à la détruire. Préservons-là pour nos enfants.
*Photo de Selim ben Cheikh

Parfum de mes souvenirs étranges


Dans cette vieille rue où je traînais des pieds,j’ai figé le temps comme sur du papier, jauni et usé
Comme ce papier, des cahiers d'école, dans lequel les épiciers enveloppaient les glibettes
5 millimes un biscuit et 20 le chekly
Mon pays de figues et de vignes,de chaux bleue et de murs blancs; de Cap blanc à Ferry-ville, mon enfance s’en va flânant...
Parfumez-vous à l’eau de rose; jeunes demoiselles, au creux des seins,
que naissent olives et fleurs d’orange tressez vos couronnes de jasmins,
odeur de mes souvenirs étranges...
Mon pays d’algues et d’épines, chair des plages et des déserts
Des femmes faciles, des filles austères,
L’amour a goût d’orange amère...
Je veux que ma promise soit, drapée de marbres et de soie,
beauté païenne entre mes bras,
J’avancerai à petits pas, laver l’offense à la mosquée de la Ksaïba
Bizerte des marins et vertiges...il m’arrive de rêver à toi, du vieux port et de la Plazza
Et de Zkak el Manoubia
fils des mers, des paysans des andalous et des gitans, des arabes, des turcs, des juifs errants
Des français et des allemands
Enfants de tes contradictions

Je danserai sur vos tombes

Ces gens qui ne connaissent de révolution, que la révolution, islamique, qui pour accéder au pouvoir ont surenchéri sur leurs valeurs morales et religieuses,  et qui une fois arrivés au pouvoir, ont brandi l'étendard de la religion en réponse à des revendications sociales, ces gens-là ont rêvé d'une révolution sexuelle poussant la perversion jusqu'à légitimer la pédophilie à fort versets coraniques, ces hommes-là, ne voient l'accomplissement de leurs virilités qu'en asservissant la femme. Ces politiciens dont les ambitions pourraient se résumer par la théorie du "sceptre" et de "la queue" ne peuvent  faire long feu dans un pays qui a faim et qui souffre du chômage. A ceux qui criaient travail, on a répondu "mariage". Voyant que cela ne mangeait pas de pain, ils ont préféré les mitrailler au plomb. Solution radicale pour rejoindre les 40 houris, et envoyer à Dieu pour qu'il s'en occupe, ceux qu'ils n'ont pas pu contenter.
 Leur politique est celle de la mort face à des jeunes fougueux et impatients de vivre, quitte à en mourir. Leur cheval de bataille " kafer" et "moslim" n'enthousiasme plus les foules. Les tunisiens ont sifflé la fin de la récré pour ces repris de justice, assoiffés de pouvoir et qui ont creusé, de leurs mains, leurs propres tombes. Je viendrai danser autour, et je taguerai vos tombes, d'un croissant et d'une étoile, votre honte, votre fardeau, votre croix gammée. Oui, la Tunisie, bientôt libre dansera sur vos tombes.

L'ouverture des JCC... le bide


La soirée d'ouverture des Jcc ce soir, m'a laissé un goût amer, quant à l'organisation. Arrivés à 20h, on ne peut accéder qu'après une bousculade digne du bus 38B...on tente d'entrer par la droite, on nous empêche alors que nous avons des invitations et on nous demande de rebrousser chemin et de passer par la deuxième porte... va savoir pourquoi. Les gardes à l'entrée empêchent même un membre du jury d'accéder à la salle, il n'y parvient qu'après avoir appelé un responsable. On rebrousse chemin pour essayer de pénétrer par l'autre porte re-bousculade. J'ai rarement vu une aussi mauvaise organisation depuis le temps que je fréquente les JCC. 
Nous arrivons enfin à la salle, coude à coude avec Ahmed Brahim que certains jeunes charrient en lui demandant pourquoi il ne passe pas par l'allée d'honneur, et lui de répondre, "je suis fils du peuple". Sa femme finit par perdre une broche de valeur dans la bousculade. Je ne sais pas si elle l'a retrouvée. On s'installe et on manque étouffer de chaleur. Le spectacle peut enfin commencer, par l'hymne national, version opéra, le seul mot que je trouve à cet élan et à ce "ijtihad" c'est merdique... je n'arrive pas à accrocher, non du fait de la sacralité de l'hymne qui n'est pas intouchable, mais là, je pense que c'était du plus mauvais goût; d'un aussi mauvais goût que la robe vert Rotana portée par la présentatrice Meriem ben Hassine, drôle peut être, à ses heures perdues. Celle-là il lui faudrait un article à elle toute seule, mais j'ai pas le temps... pour résumer, elle était incapable de prononcer correctement les noms de cinéastes qu’elle citait, entre Brahim 3attar et  Mechrawi, la cerise sur le gâteau était quand elle a parlé du « sebe3  men » au lieu de « fen el sebe3 »… il suffit de tendre un micro à ces gens-là pour qu’ils reprennent de suite leurs anciennes habitudes… elle reçut comme de bien entendu, un fabuleux dégage de la part du public et un « ya7ya Ben Ali »…
Le présentateur, Ramzi de Canal+, from Los Angeles pour les intimes, s’est débrouillé mieux que la dinde qui était avec lui, il s’est débrouillé jusqu’au moment où il commet la gaffe monumentale de dire,  au moment d’annoncer les longs métrages en compétitions : "nous vous présentons maintenant la catégorie la plus importante", comme si les courts métrages étaient des films de seconde zone… Cher Ramzi, il s’agit de deux catégories différentes qui ont chacune leurs spécificité. C’est une honte de dire cela aux JCC,  quand on sait que le cinéma amateur et les courts métrages occupent une part très importante en Tunisie.
Nous avons eu droit en plus à des chants et des danses africaines, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… Ce qui était bien au début est devenu rapidement assez répétitif, même si les groupes étaient plutôt sympa… on a eu droit à la danseuse Hedi Habbouba du Mali et à leur Fatma Bousseha nationale. Enfin, je m’y connais pas trop, il paraît que la dame est connue là-bas, moi mes connaissances musicales se limitent à Sophia Sadek en Tunisie et Cesaria Evora pour la World music.

Nous avons eu droit pour finir au film de Mohame Zran, «  Dégage ». J’ai cru au départ que c’était un énième documentaire sur la révolution, le type de films, vus et revus. Ce film, un peu long je le concède, a toutefois su retenir l’attention des téléspectateurs, par un je ne sais quoi qui fait qu'on accroche. La sauce a pris et la majorité ont adoré la projection.
Pour résumer, une organisation indigne d’un festival de ce renom et qui en est à plus d’une vingtaine de sessions. Les brochures des programmes n’étaient même pas encore prêtes au jour d’aujourd’hui…c’est vous dire… La direction devrait rapidement revoir sa copie  pour avoir bâclé un évènement de cette envergure.
Voici l'album photo publié par Shems fm http://www.shemsfm.net/fr/album_photos/ceremonie-d-ouverture-des-jcc-2012_4034