
En ce mercredi 24 décembre de l'an 2008
Sms de
sanou à moi «
tawa7
achtek !comment va Paris ? et ... ?
brabbi blé silence radio. Porte toi bien, boss bien et amuse toi aussi (
charjji chowya)+
smiley.
Biz » Moi à
sanou « ici fait froid. Déprime. Chocolat. » Le seul avantage au fait que ce soit noël, c’est que je me gave sans aucun remords de chocolat, c’est super, je m’achète une boîte de 200g de «
lindt Pyrénées rochers » que je mange compulsivement. Ça remonte le moral mais le volume de mes fesses aussi. Oui. Beaucoup même, tellement que mon soutien gorge a du mal à se refermer. Je n’arrive pas à admettre que j’ai pris une belle taille en plus. Et j’ai pris soin de cacher soigneusement la balance pour culpabiliser
moins. Exit les légumes dans le frigo, les bonnes résolutions ; les régimes et compagnie.
Le régime c’est quand on a un mec à se mettre sous la dent. Mais là c’est le dés
ert effectif. Mon mec est en
Tunisie et moi je bouffe du chocolat. Il fait froid ici, mon lit est froid. Alors il n’
y a que le chocolat et le chauffage électrique pour me réchauffer. J’ai le droit. Je déprime après tout. Alors
re-chocolat cette fois c’est
Jeff de
Bruges, 300 grammes + un petit tour au monoprix pour un paquet de chips. La totale.
Oulala, je grossis de plus belle. Je n’ose toujours pas me peser.
Il paraît que c’est noël ici.
Quand j’étais gosse aussi, on disait que c’était noël à l’école, dans les rues aussi, sur la Canebière, c’était noël partout dans les caddies, dans les guirlandes, dans les sapins. Même qu’il y avait un père noël dans la vitrine de la pharmacie qui fait l'angle à la rue de Rome; et un autre un vrai avec un gros ventre dans le supermarché. C’était partout noël jusqu’à 17H ; car quand je franchissais la porte de notre appartement, c’était plus noël.

Papa disait que noël ce n’était pas pour nous. Mais j’écrivais en cachette des lettres au père noël. On n’avait pas de cheminée, je mettais mes souliers à côté de la cuisinière sous le conduit d’aération. Je mettais aussi ceux de mon petit frère et ma petite sœur. Je me levais le matin. Je courais à la cuisine, je ne trouvais jamais rien dans mes souliers. Le père noël n’aime pas les arabes. Mon père avait raison. Le père noël est raciste. A l’école je disais à mes camarades sans grande conviction ; noël c’est pas pour nous. L’
aïd non plus d’ailleurs car comme c’est pas férié en France, je ne me rappelle jamais l’avoir fêté. En somme on ne fêtait rien !!
ifffffffffffffffff Mais une fois, mon père avait enfin cédé, à Auchan, on avait acheté un sapin de noël à 50FR. il était en plastique. Mais qu'importe. On était heureux. On avait acheté des guirlandes plein de guirlandes et des boules de toutes les couleurs ; il a même neigé cette année là. On avait mangé de la dinde et de la bûche. J’avais prié le père noël très fort ce soir là, comme tous les ans.
Le lendemain je me réveille, je vais voir mes souliers et ô miracle !! J’avais trouvé des petits paquets dans nos souliers. J’ai couru comme une folle réveiller mon frère et ma sœur. J’ai réveillé mes parents. Je me rappelle très bien, c’était un petit paquet rouge avec des rubans dorés. Je l’ai ouvert il y avait du chocolat. Ma mère est venue, elle m’a donné du chocolat de la boîte. Puis, elle me l’a reprise et l’a mise dans le placard. Je revois encore aujourd’hui cette scène que j’ai considérée comme une injustice. La porte qui se referme ma déception. C’était mon cadeau…elle avait pas le droit.
J’en ai pendant des années voulu à mes parents, de tous ces noëls ratés de cette discrimination, comme si être arabe n’était pas encore suffisant pour qu’il faille en plus accentuer cette différence avec les camarades ; entre ces français privilégiés qui ont droit aux cadeaux, aux noëls aux attentions de leur grands-mères. Qui n’ont pas eux, une grand-mère en Tunisie qui a un frigo marron pourri et qui n’offre jamais de cadeaux parce qu’elle n’en a jamais reçu. C’est pas dans notre culture.
Aujourd’hui je comprends mieux mon père, avec le recul, l’âge nous apprend la mesure et le temps à pardonner. Ça n’a jamais été facile pour lui : élever ses enfants dans la tradition musulmane dans un pays occidental sans tomber dans des replis identitaires. Noël ce n’était pas dans notre culture. Oui mais moi enfant, ma culture c’était laquelle ? Celle que j’apprenais à l’école, dans la rue, à la télé ou celle que j’apprenais à la maison et aux cours d’arabe au consulat, le dimanche matin ? je ne me retrouvais ni dans l’une ni dans l’autre.
J’ai longtemps détesté la Tunisie quand mon père nous a fait rentrer de force. Ce pays m’était étranger. J’ai petit à petit appris à l’aimer, à l’apprivoiser. Il m’a fallu plus de 12 ans. J’avais toujours en tête la France, ce pays chéri et fantasmé. De retour en France après des années, passé l’enthousiasme du début, j’ai vite fait de déchanter et de perdre mes illusions, et j’ai compris mon père. Je n’aime pas plus la Tunisie que je n’aime la France. Je me sens à la fois française et tunisienne. J’ai appris à réconcilier les deux pays qui sont en moi ; mes racines et mes ailes…Au fait, aujourd’hui, parait que c’est noël. On nous bassine à la télé avec les films américains à 2 balles plein de bons sentiments. Avec les rediffs cent fois regardées de blanche neige. Je fais une overdose de bons sentiments, mais aussi de chocolat. Sans doute un complexe lié à noël et à mon enfance. C’est mon inconscient je me dis- très bon prétexte-.
Enfin c’est noël !! tout est permis !!
Fait froid. Déprime. Chocolat.
Chnouwa jeblek babak nouel ?