Z...voile sur la tête et feu aux fesses

Z….c’est ce qu’on appelle en français salope, en tunisien 9ahba (hacha el chahar). Elle n’avait pas encore 15 ans, que déjà le feu aux fesses. Mais Z… n’avait pas les moyens de ses ambitions, favorisée par la nature mais défavorisée socialement, elle comprit bien vite le parti qu’elle pouvait tenir des richesses dont dieu l’avait dotée.
Avant de devenir kahba bi awrakha, elle commença à s’initier avec des camarades de classe ou des maçons ou mécaniciens qui venaient trainer devant le lycée alléchés par el lahma el treya et el bazoula el hanina. C’est ainsi qu’elle a perdu sa virginité dans l’intimité inconfortable d’une grotte aux alentours du lycée boukhris . Elle dira plus tard qu’elle a été violée. Oui mais comme on sait, la ethot yedek fel maghagher wa la telsa3k hanech. Ou ech lezha heya mehchya fel dewemess. C’est bien fait pour elle, dira-t-on. Bien fait ou mal fait, la demoiselle prit goût à la chose. Et bientôt le cadre étroit et discret que lui offrait el damous ne lui suffisait plus. C’est ainsi qu’elle descendit offrir ses charmes ailleurs. La qualité de ses amants changea, leurs cadeaux aussi.
Sa mère s’étonnait à peine de voir que sa fille ramenait des vêtements qu’elle-même n’aurait jamais rêvé s’offrir. C’est ma copine qui me les as prêtés lui disait-elle. Le portable pareil, le beau manteau en daim encolure en fausse fourrure pareil, les belles bottes simili cuirs aussi. Ce que les copines peuvent être généreuses quand il s’agit en réalité de copains… toujours est-il que le père travaillait comme 3asses (gardien)de nuit dans une usine et concierge le jour. Il bossait pour pouvoir offrir à ses enfants de beaux manteaux en daim encolure fausse fourrure ou de belles bottes simili cuir. Mais le pauvre arrivait à peine à nourrir ses cinq enfants. C’est ainsi qu’elle cherchait chez ses amants ce que son père ne pouvait lui offrir.

Et puis l'histoire ne nous dit pas ce qui s’est passé entre la mère et la fille, parce qu’un beau jour, Z… prend ses cliques et ses claques et fugue de la maison. La mère dira aux oncles paternels curieux qu’elle passe la semaine chez sa tante. Sauf que pendant ce temps là, Z…goutait aux délices de vivre une sexualité épanouie et une liberté sans entraves dont Mme Naïma touchait l’indemnité après le départ de chaque fournisseur de tendresse et d’étreintes éphémères. Mais Bizerte c’est si petit et les nouvelles vont vite.
Un beau jour un amant zélé, (qui s’avéra être un voisin) s’empressa de coucher avec elle et d’aller prévenir un de ses oncles paternels que sa nièce avait mal tourné. Et pour montrer sa bonne foi, il jura ses grands dieux que quand il se rendit compte que c’était la fille des voisins de derrière il ne voulut pas la toucher. L’histoire ne nous dit pas ce qu’il en est vraiment. Toujours est-il qu’il est plus plausible pour les besoins de ce récit qu’il ait couché avec elle. Ça en devient encore plus sordide… les oncles comme des fous partent à sa recherche, ils menacent le type de porter plainte contre lui s’il ne dit pas où il l’a trouvé. Or lui il l’avait trouvé chez un ami. Et de fil en aiguille, les oncles la retrouvent dans un appart pourri du centre ville près de la gare routière qui mène à Béjà. Ils ramènent Z… de force. KeleT tariha, pour l’honneur dira-t-on. Et le père dans tout ça ? Absent. L’histoire dit qu’il a beaucoup pleuré. Il a pleuré de ce que les gens diraient. L’honneur et le qu’en dira-t-on, c’est plus important que les sentiments d’une gamine de 15 ans après tout. Les finesses psychologiques, c’est pour les occidentaux en mal d’égo. Chez nous, c’est adhrab ou rod lel terkina, c’est kelem ennesse avant tout. Ah ! l’intégrité et le tact des sociétés arabo musulmanes…
Mais Z… ne supporte pas de rester enfermée dans la maison. Et tout le monde surveille ses moindres faits et gestes. La seule condition pour la laisser sortir, c’est qu’elle porte le voile. Et oui !! il suffit d’un morceau de tissu pour se racheter une bonne conduite et trouver un mari avec lequel elle pourra vivre une sexualité débridée, ou classique, enfin comme elle l’entend, du moment que kherjet men kelfethom.
Et Z… se remet à sortir, la tête voilée et le feu aux fesses. Men fouk I9ra et en bas rotana, dirait un ami très cher. Et son voile lui tient trop chaud, elle transpire, elle aspire… Elle prépare sa valise en cachette. Il y a une ouverture sur le toit. Elle peut sauter d’un mur et se faufiler par le toit des voisins, dar 3arbi.
Elle transpire, elle aspire… c’est la nuit.
Sa mère dort près d’elle de peur qu’elle ne fugue encore une fois. Mais sa mère a le sommeil profond et elle, elle a la jambe légère. La voilà sur le toit. Elle s’en va. L’histoire ne nous dit pas ce qui s’est passé ce soir là, mais on sait que le lendemain, Z… est allée frapper aux portes. Elle trouve une dame d’un certain âge. Elle lui dit qu’elle vient de Tunis, qu’elle est orpheline, qu’elle voudrait travailler comme femme de ménage et que si elle ne l’accepte pas chez elle, elle ne sait trop où elle pourra dormir. Peut être sous el Kantara mata3 Sidi Salem, ou kantaret Zarzouna. La bonne dame, pieuse, se dit oulya. Il vaut mieux qu’elle l’accepte chez elle plutôt ke yo93ed dhanbeha fi rakbetha. Elle l’héberge.
Mais les nouvelles vont vite. La famille apprend que Z… a à nouveau fugué. On la cherche partout. Les faillots c’est pas ce qui manque. Hamdoullah ! Comment retrouver les jeunes filles perdues sinon. On la retrouve chez la dame. On menace la dame de porter plainte. La dame sent que le ciel lui tombe sur la tête. Elle pensait faire du bien, et voilà qu’elle va se retrouver sur les bancs d’un tribunal pour détournement de mineur et ifssad chabiba. Les oncles, bons princes pardonnent à la dame. Ils ramènent Z… à la maison. Retariha etc. cette fois-ci, c’est pas le voile qui calmera ses ardeurs.
Deuxième solution, lui trouver un mari. Pas de Bizerte, sa réputation est foutue. Un mari qui viendrait de loin, et qui serait subjugué par sa beauté. C’est vrai qu’elle était belle Z… khassaretha. On lui trouve beney ( un ouvrier maçon), moustapha la moustache, qui est originaire de Sidi el Bechir. C’est vrai qu’il n’a pas les moyens, mais qu’importe, rajel ma i3ibou chey, sauf qu’il paraît qu’il est miboune.
Enfin c’est les voisins qui disent ça.
Sa démarche n’est pas très nette et ça c’est une preuve indéniable. Mais enfin 3andou chenebet bech yostorha. Et surtout, surtout, il connaît pas la famille. Donc hop hop hop, on fait les fiançailles à la va vite. On n’invite personne. On décide du mariage. On passe rapidement lui faire une réfection d’hymen.
Ya dini mahleli farhou.
Ça y’est ils se marièrent et vécurent…heureux ? l’histoire ne le dit pas.

Festival du film amateur à Kelibia, Mejdi Dabebi, la palme du plus beau film

Je suis allée tout à fait par hasard, et depuis je voudrais y rester toujours. Le festival annuel du film amateur à Kelibia. Des films amateurs, il y en avait : de très médiocres, mais d’autres ont été un pur bonheur. je n'ai assisté qu'à ceux projetés le vendredi soir. C’étaient les films Rapprochement de conjoints, Real life (beaucoup de bruit pour rien), Paola est parti ( le titre nous laisse dans l’attente d’un beau film latino mais on se retrouve devant un scénario insipide qui irra9dou el kelb 3ala kharaytou). Les scénarios de ces films sont pire que celui des films X dans la finesse des répliques et la recherche esthétique, ne parlons même pas du jeu de certains acteurs. Ca reste cependant le festival du film amateur me diront certains, je le conçois mais l’amateurisme ne veut pas dire manque de sensibilité artistique, car fort heureusement, d’autres « amateurs » s’en sont tirés comme des chefs aussi bien par l’originalité du sujet traité que par la sensibilité esthétique de leurs courts métrages.

Pour l’originalité du sujet, j’ai adoré aussi bien Dentophobia qu’Obsession. Ce dernier en plus nous a donné droit à des scènes d’une grande beauté pour ne citer que celle sous l’eau et la dernière sous la pluie. Mais le plus beau film est à mes yeux Terres voilées de Mejdi Dabebi. C’est l’un des rares réalisateurs qui a pris le pari de compter sur l’intelligence du spectateur. Le film dérange au début, on ne comprend pas et on s’applique à comprendre. Un film comme je les aime, fin, esthétiquement recherché. Un film muet mais qui fait parler. Le jeu des acteurs très théâtralisé par moments met en scène une femme qui oscille entre révolte et soumission face à l’Homme, (le choix de l’acteur est assez pertinent ; un homme viril, brut et brute, celui de l’actrice un peu moins car beaucoup moins fine pour le rôle). L’originalité du film ne réside pas dans le sujet mais dans la manière de le traiter, s’attaquer au sujet éculé des relations hommes femmes sans sombrer dans le cliché est un défi que Mejdi Dabebi a relevé avec brio. S’il est un mot qui pourrait résumer le film, c’est bien le mot objet. Le réalisateur raconte l’objet pour raconter l’homme. Le fétichisme de Mejdi se rencontre au détour d’un mur sur lequel on écrase une orange que l’on a épluchée, il se rencontre dans la fabrication d’un collier, d’une ficelle nouée à un pied ou d’un voile éthéré flottant sur l’eau, abandonné derrière soi comme les mangas japonais de mon enfance. Une finesse asiatique que l’on retrouve dans un film tout en pudeur. Mejdi Dabebi ne dit pas. Il fait signe. Les ombres chinoises vers la fin mettent en scène une parade amoureuse aérienne. La femme s’est libérée de son voile et s’est offerte. Un homme, une femme, illusion adamique de ceux qui ne faisaient qu’un avec la nature : il dompte le feu par la terre, elle abandonne son passé dans l’eau sans retour. L’Homme feu se transforme en homme oiseau, majestueux et superbe, il tente de s’envoler. Icare, l’enfant oiseau a volé, mais s’est trop approché du soleil…mais lui ne craint rien, il s’envole à la faveur du soir, du soleil qui se couche ; derrière les ombres chinoises. Et Mejdi Dabebi s’envole derrière lui, sur scène recevant le prix du coup de cœur du jury pour la recherche esthétique du film.

Sous vos applaudissements…. s’il vous plait.

Des us et coutumes de la FTCA, la secte des divins rêveurs à Kelibia.

FTCA, la secte comme j’avais l’habitude de le dire à yo ma copine de Paris. Depuis 7 ans qu’on se connaît, elle n’arrêtait pas de me rabattre les oreilles avec hammam lif, ou jeme3et FTCA. Pour moi ces initiales barbares me donnaient l’impression d’appartenir à un monde auxquels seuls les initiés avaient droit d’entrée, un peu dans le genre des loges franc-maçonnes. Les membres de la FTCA se retrouvaient tous les ans à Kelibia, pour envahir les gradins de la maison de culture et du restaurant d’el mansoura. Le cinéma était leur religion qui célébrait leurs noces bachiques sur la plage de 2h à 6h du mat ou simplement à la belle étoile de la terrasse d’un hôtel pourri à 50 dinars la nuit. Bois voici mon sang. Et puis chaque religion a ses rituels, celle de la secte des divins buveurs, après les noces bachiques se dirige vers le port pour prendre le petit déj. Chaque religion a ses rituels, dans la secte des divins rêveurs on mange du méchoui de poisson sur le port en guise de petit déj. Rituel barbare auquel on a vite fait de prendre goût. On ne vit pas que la nuit, les jours de festivals, on vit tout court. Le temps ne dépend plus du coucher et du lever du soleil. On s’affranchit du temps selon sa propre subjectivité. Le temps des fêtes et des célébrations religieuses, est celui de la réitération cyclique. Nous vivons le temps éclaté, et allons au-delà des limites imposées par le corps. Une forme d’ascèse subjective que prêchent les enfants de Noé.

Nous attendons le coucher du soleil et nous sortons, nous allons au temple célébrer l’eucharistie cinématographique. Les adeptes ont les yeux rivés sur l’écran. Les images se succèdent nous hypnotisent. Et moi je regarde la lune derrière l’écran. La lune comme cet écran renvoie la lumière et renvoie des images. Hommage à la lune. C’est quand le soleil n’est pas que le cinéma est.