Le destin pas du tout fabuleux de Habiba. A (3)


Habiba prend son sachet en plastique va se changer aux WC, fait une toilette sommaire se rafraichit un peu et attend…c’est l’été et le serveur ne finira que vers 2h du matin. Elle sort se promener sur le vieux port pas très loin. Elle s’achète meya zere3a et les grignote en longeant el ba7ar el menten. Habiba se promène près de el Ksaïba mais elle a peur. Si sa mère la chopait…ou un de ses oncles, Bizerte c’est si petit, et tout le monde se connaît, de plus tout le monde connaît sa mère. Oh mais de toute façon, elle est si brune, et il fait si noir que ses cousins ne risqueraient pas de la reconnaitre s’ils la rencontraient. Du moins elle espérait…avoir la nuit pour camouflage… Et Habiba prie, prie de toutes ses forces, elle prie Dieu, Dieu qui ne l’a jamais aimée, comme tous les autres de toute façon. Sa mère ne l’aimait pas, elle qui l’a faite, pourquoi serait-ce si différent avec Dieu. Istaghfiroulah. Oh mais à quoi ça servirait istaghfiroulah vu l’état où elle était… et où était Allah tout court ?en tout cas, Allah n’était pas de son côté à elle. Habiba cogite. Que faire demain ?où aller ? Elle est triste mais n’a plus envie de pleurer. La fille fardeau traine par ci par là, il y a beaucoup de monde dans le centre ville. Elle se fond dans la foule. Elle a l’air tellement quelconque qu’elle passe presque inaperçue. Sa mère s’est elle inquiétée de sa fugue ? A-telle prévenu la police ? Il est minuit passé. Ca fait plus de 10h qu’elle est partie ; et aucune nouvelle de sa famille. Les oncles, la mère et son mari doivent être bien contents puisqu’ils n’ont pas fait l’effort de la retrouver. Elle ne fera pas l’effort de leur revenir. Elle revient donc au manège et attend le serveur. Il est presque deux heures et il vient la chercher. Wine bech tehezni ? lui demande-t-elle. Il ne peut pas la prendre el dar bouh, 3aïb. Mais il a un ami, qui a un petit hôtel, oukala, plus précisément, du côté de Wed el Marj en face de la maternité. La fillette ne se doute de rien et le suit. Ils marchent à pied. La distance un peu longue s’amoindrit avec la nuit. Les gens se font de plus en plus rares. On commence à sortir un peu du centre ville. Le couple presse le pas. Ils arrivent enfin à l’hôtel. Le serveur va voir son ami qu’il avait prévenu au téléphone de sa venue. Il lui parle tout bas. Habiba n’entend rien de leur discussion. Le serveur tend 20 dt au réceptionniste et celui-ci lui donne une clé. Une seule clé, donc une seule chambre. Va-t-il passer la nuit avec elle dans la même pièce ou va-t-il juste l’aider à s’installer. Habiba se pose des questions mais elle s’en remet à lui. Elle lui fait confiance. Ne lui a-t-il pas dit sur la route que dhahra beneya behya et metrobya. Ne lui a-t-il pas dit que sa famille étaient des moins que rien et qu’elle ne méritait pas de vivre avec eux. Ne lui a t-il pas dit qu’elle était belle. Personne ne lui avait jamais dit qu’elle était belle et surtout gentille. El9at khir fel barrani elli ma lakatouch fi 3ayletha. Comment peut-elle ne pas lui faire confiance. C’est le seul qui l’ait aidé et qui lui a trouvé un toit sous lequel dormir ce soir. Habiba est confiante. Il tourne la clé dans la serrure et ouvre la chambre. Il appuie sur l’interrupteur. Une lumière jaunâtre se dégage de la lampe nue qui pend au plafond. Une chambre sordide, avec un vieux lavabo fissuré. Il y a deux lits en fer, et par terre, en guise de tapis, une couverture en laine marron avec un tigre dans la jungle pour motif. Habiba pose son sachet en plastique sur le matelas couvert d’un drap rayé comme celui de l’hôpital où elle a séjourné après s’être ouvert les veines. Tout lui rappelle l’hôpital. Il fait très chaud. La lourdeur de l’air se mélange à l’odeur d’urine qui se dégage des toilettes communes qui sont sur le palier à côté de la chambre. Les murs sont bleus, peints à la chaux comme dans la maison du grand père. Mais c’est un autre bleu, et c’est un autre mur. Ce sont les traces de doigts marron et la moisissure au plafond… La fille fardeau se lève pour se laver le visage, elle arrive à peine à se regarder dans la glace rongée de points noirs et de traces blanches laissées par les gouttes d’eau. La fille fardeau est habituée à la misère. Elle n’est même pas triste. Elle n’est pas heureuse non plus. Elle ne ressent rien. Beaucoup de fatigue et de lassitude peut être. Elle met son portable en charge, elle en aura besoin pour demain. Elle s’assied sur le lit, le serveur s’approche, il se met à côté d’elle. Elle sent soudain une gêne et ses petits seins sous son pull la gênent. Ses beaux cheveux noirs la gênent. Son instinct lui fait comprendre qu’elle n’est plus une petite fille, qu’elle est presque une femme. La proximité de cet homme, son odeur, la chaleur, la lourdeur de l’air, la sueur…quelque chose bouge en elle et l’enivre. Habiba baisse la tête et rougit. Il lui touche les cheveux, elle est comme paralysée. Il lui touche le menton tout doucement, du bout des doigts, et elle sent comme un frisson lui parcourir l’échine. Cette main d’homme si différente de celle sans amour de son père, si différente de celle taquine de ses cousins, de celle brutale de son beau père, de celle si douce de son petit frère. Cette main d’homme …cette main animale. Et la voix qui se lève au milieu du silence qui la fouille et atteint le fond de ses entrailles, le fond de son âme, le fond de son cœur, vide et sans amour.

« N’aie pas peur de moi, Habiba, je ne te ferai aucun mal. » Elle sent comme du courant qui la foudroie.

( à suivre)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

hi, Dans cette vie; on ne fait ou écrit ou ne dit les choses pas par hasard !
chaque geste aussi anodin soit-il, chaque paroles, chaques choses aussi petite soit-elle, ont une signification consciente ou inconsciente
voila! ma question est
ou veux tu en venir, pourquoi cette histoire, t es tu identifié peut etre?
pourquoi tu nous racontes ca !
???

jolanare a dit…

c'est une histoire que l'on m'a racontée et qui m'a touchée, j'ai voulu la transmettre.