
Quand j’étais gamine, j’étais comme Marjane , je croyais que Dieu était un vieux monsieur avec une longue barbe blanche, un peu comme un père Noël vivant dans les nuages mais en beaucoup plus fort. Pour moi Dieu était un vieil homme sympathique et je n’avais besoin ni de Mohamed, ni de Moïse, ni de Jésus pour parler avec lui. Il m’arrivait aussi de l’insulter, juste pour voir ce qu’il pouvait me faire, mais je regrettais aussitôt en me rappelant qu’il pourrait toujours se venger de moi après la fin du monde en m’envoyant un démon me couper la langue et me coudre les lèvres. Les fois où je l’insultais pour tester sa force, il me revenait juste après des sursauts de conscience que c'était à cause d'un petit sheitan qui venait me chuchoter tout cela pour me mener à ma perte et comble de ma révolte je disais à mon petit compagnon de sheitan que je l’aimais bien. Ma vie religieuse se limitait donc à un Dieu omnipotent résidant dans les nuages, un sheitan qui me poussait à faire le mal, et un ange qui se disputait avec lui pour faire le bien. Rien de bien original pour un enfant dont le développement intellectuel ne permet pas encore de concevoir une notion absolue, mais seulement de se figurer d’une manière imagée ce qui représente la force et la sagesse en l’occurrence un vieux bonhomme à barbe. La représentation mentale d’un enfant que les tartuffes de la religion apparentent à de l’idolâtrie, repose sur le même mécanisme que celui qui régit les peuples primitifs qui ont besoin de voir pour croire. La bêtise a de beaux jours devant elle, avec les fanatiques de la pensée unique. Je rappelle juste que ce personnage de Persépolis ne parlait pas de religion musulmane en représentant Dieu, mais de sa propre religion et de son propre Dieu dont elle était prophète. Elle n’a pas évoqué le nom Allah, mais Dieu ( Rabbi) qui est un nom générique. Quand les sociétés polythéistes se représentaient leur Baal Hamon, même s’il avait des caractéristiques communes avec Dieu, à aucun moment les monothéistes n’ont fait la confusion entre une statue et une notion. Je rappelle à ces soldats de la religion le film " el rissala" ( le message) qui met en scène les korayshites adorant leurs idoles, buvant du vin et s'adonnant à la luxure. Pourquoi n'a t-on pas traité le film de blasphématoire? Les dieux des korayshites seraient moins dangereux que ceux d'une gamine qui parle à un vieux, son Dieu à elle, comme elle aurait pu parler à un chat, un boudin ou un cafard? après la milice de Ben Ali nous allons souffrir de la milice islamiste?après le culte du président suprême nous allons souffrir du culte de la religion suprême, autocrate, théocrate, phallocrate?
La vision bornée de certains leur fait oublier leur propre enfance, comme si petits ils avaient eu l’intelligence suffisante pour se représenter Dieu tel qu’ils se le figurent une fois devenus adultes. Que celui qui ne s’est pas imaginé Dieu comme un vieux barbu, jette à Persepolis la première pierre. Ce film dérange parce qu’il insulte la récupération politique de la religion et prône un rapport direct et personnel avec Dieu. Marjane enfant n’est pas musulmane, elle est déiste, et fait fi de ces petits commerçants de l’Islam.
La force de ce film d’animation IRANIEN projeté hier sur Nessma, c’est qu’il a suffi qu’il parle en dialecte tunisien, pour que l’on accuse d’être contre el nahdha. Qui se sent morveux se mouche disait si bien notre regretté Molière et les réactions violentes et bornées de tout brûler prouve une fois de plus que les islamistes tremblent dans leurs tanières… La violence physique est leur seule réponse possible à une réalité historique éclatante de vérité. Si vous voulez brûler Nessma, chers Ayatollahs de la morale, chers moujahidines anachroniques, ce n’est en aucun cas pour dénoncer une représentation de Dieu (si vous étiez aussi parfaits et aussi saints, il vous aurait choisi comme prophète) mais parce que ce film a montré au monde entier les dangers de votre Islam politique et du scénario à l’iranienne que vous préparez pour la Tunisie (toute ressemblance avec des personnages réels n'est pas fortuite). Vous pouvez brûler un film, un livre, détruire une salle de cinéma, jouer les inquisiteurs pendant un court moment de gloire, mais à votre grand désarroi, vous ne pourrez jamais tuer l’art et la parcelle d’intelligence et de révolte qui subsiste en chacun de nous tant que l’homme sera debout jusqu’au siècle des siècles.
très bien dit bravo! :)