
Je suis descendue aujourd'hui à l'avenue, moins pour fêter une révolution qui n'est pas encore achevée que pour rappeler qu'elle doit continuer. Je n'ai pas eu le temps d'aller à la manif de l'UGTT, j'avais du travail à finir le matin. Le centre ville est bouché par les embouteillages. On gare la voiture. Je commence par être agressée par un garçon qui nous lance : voilà les femmes démocrates. Bien sûr tout de suite l’étiquette parce que j’avais un rouge à lèvre rouge. Je lui réponds que c’est grâce à cette démocratie qu’il se permet d’ouvrir sa grande gueule. Mes deux copines qui avaient passé la nuit au Ministère de l’Intérieur le 14 janvier, lui disent, on tout cas, c’est pas ta gueule qu’on a vu ce jour là sur place… ce genre d’échange est devenu tellement banal que c’est inutile de s’appesantir là-dessus. On voit des personnes qui vont et viennent, sans but, beaucoup de familles avec leurs enfants. L’ambiance est à la fête, mais la fête est obscurcie par les drapeaux nahdhaouis et salafistes, des slogans religieux allors qu’il s’agit d’une fête nationale…. A part le matin ou les vrais révolutionnaires ont occupé la place, les opportunistes ont eu la part du roi pendant l'après midi.
Devant le ministère , un groupuscule appelle à continuer la révolution « still loading » lit-on sur quelques pancartes. On s’approche du théâtre. Là c’est une vraie zerda, hauts parleurs, slogans de stade etc. Le pire c’est que celui qui prend la parole à nous assourdir les oreilles, parle de « bismellah, de ekhwen et de akhawat », c’était limite s’il n’allait pas se mettre à faire le adhan…Une véritable mascarade….ça m’a tellement fait mal au cœur, que sur le chemin en revenant à la voiture, j’ai rencontré une niqabée que j’ai insultée. C’était plus fort que moi. Il fallait que je me défoule sur une afghane…J’ai vu beaucoup d’afghans et de saoudiens au centre ville. Je me demande lequel de nous a une apparence plus tunisienne…j"ai particulièrement apprécié qu'une jeune femme, séfira, porte le drapeau tunisien comme robe.
je suis rentrée avec beaucoup d’amertume. Notre révolution a été spoliée, détournée, on voulait la liberté, on a eu l’asservissement religieux, on voulait la dignité, on nous a vendu à Qatar, on a voulu faire de la Tunisie le plus grand peuple, et le peuple a été divisé…on peut se plaindre du chômage en Tunisie, mais un seul métier ne connaît pas la crise, celui de ta7an watani.
Ce soir, le coeur n'est vraiment pas à la fête.
Un article aussi amère que l'actualité tunisienne.
Il est triste de constater que la superficialité citoyenne n'est pas partie avec Ben Ali.
Cette révolution a un arrière goût de vomi.