
Je souhaitais revenir aujourd’hui sur ce qui s’est passé au palais présidentiel. Je voudrais d’abord rappeler que j’ai été contactée par Wissem Tlili et nous nous sommes mis d’accord que j’allais intervenir sur « le blogging au féminin » et comment ce genre d’écriture est reçue par un public conservateur. Cette journée en hommage d’abord à ZouhairYahiaou a suscité de vives polémiques au sein de la blogosphère entre ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre de peur de la récupération politique d’une lutte que l’on a toujours menée. Toujours est-il que j’ai choisi de ne pas faire la politique de la chaise vide et de dire directement et sur place, ce que je pensais de l’utilité de cette journée. J’ai enfilé mon burnous, dress code , pour devenir présidente à la place du président.
Après les hommages rendues à la famille Yahiaoui, et je tiens ici à saluer le courage de la maman de Zouhair, qui nous a tous fait pleurer, on a fait les salamalecs d’usage et servi un buffet digne de l’Elysée.. El ha9 emta3 rabbi, je me suis gavée de flous el cha3b.
Enfin, la deuxième séance commence et M. Zran, universitaire à l’Ipsi prend la parole pour parler du rôle des médias classiques et des médias alternatifs. Dès le début, des admins de page facebook lui coupent la parole revendiquant leur rôle de révolutionnaire et demandant au modérateur de la séance d’empêcher M. Zran de continuer, car ils étaient venus pour parler pas pour écouter. Je souhaiterais juste rappeler à ces personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans une conférence, et qui osent se mesurer à un enseignant-chercheur, qu’on ne coupe jamais un intervenant, mais qu’on intervient après pour les remarques. El jehl moussiba… Les choses se sont heureusement calmées.
Vient mon tour… en ayant ras le bol de etfadhel ou a7ssenet, je commence par dire que je ne remercie pas le président provisoire, mais la mère de Zouhair Yahiaoui qui nous honore de sa présence et qui a enfanté d’un fils dont elle peut être fière puisqu’il nous a ouvert la voie aujourd’hui. J’avoue que j’avais préparé ma communication en français, que je l’avais bien articulé et argumenté, mais voyant que certains auraient sauté sur l’occasion du fait que je parle en français, j’ai pris l’initiative d’improviser en dialecte tunisien, ce que j’avais sous les yeux tout en précisant que j’avais écrit en français. Un de ces fameux révolutionnaires prend un air moqueur en disant « en français, » je lui réponds oui monsieur, tout en enchaînant en arabe. Je vous envoie l’extrait qui a suscité la polémique
« Le problème de la parité s'il s'est parfois posé dans le domaine politique, n’a jamais concerné la blogosphère tunisienne, tant la proportion de blogueurs hommes/femmes était presque équivalente. La question du blogging au féminin est donc autre. Elle ne se situe pas tant dans le domaine de la blogosphère que dans l’impact que cette écriture peut avoir chez un public tunisien, réputé en partie conservateur. Peut-on tout dire dans un blog ? Ou doit-on se limiter à une certaine étiquette en vigueur dans la société quand on est une femme.
Pourquoi la femme ? Il semblerait que depuis la révolution tunisienne ( qui n’a pas encore eu lieu selon moi mais cela est une autre affaire) l’attention des politiques et du gouvernement se soit focalisée sur la femme, depuis le discours du Président provisoire, qui a parlé de "monaqabet sefirat et mohajabet, en passant par les députés ( le rétablissement de la polygamie et des jawaris) qui prennent pour cible cette pauvre créature, qui selon certaines lectures archaïques « neqissa 3aklon wa dine » pour finir par un public tunisien très rarement à l’aise avec ce qu’il appelle une émancipation féminine, qui rimerait selon lui, avec une décadence morale. ( horyat el mara2 in7itat akhla9i)
Quand on voit la virulence avec laquelle certaines bloggeuses sont attaquées, nous sommes en droit de nous demander si la liberté d’expression est l’apanage des blogueurs de sexe masculin ?
Mon intervention s’articulera en trois axes : la religion, la politique et la sexualité.
I- Parler de religion quand on est femme : l’exemple d’Olfa Youssef
Parler de religion musulmane par les temps qui courent dévient aussi délicat que de parler de sionisme à un américain ou un qatari… que dire alors d’une femme, qui par essence est souillée (manzoussa) et qui a l’indécence d’étudier ce qui ne devrait être que le seul fait des « oulamas » et des « cheikhs ». la particularité d’une lecture machiste de la religion musulmane a engendré les dérives que l’on connaît aujourd’hui. Une femme qui étudie l’islam, n’est-ce pas un danger ? vu qu’elle pourrait découvrir dans le texte sacré, ce que les hommes ont pris le soin d’occulter, craignant une remise en cause leur domination patriarcale. »
Tout ceci en dialecte tunisien ( j’ai donc parlé des députés parlant de la polygamie ou du fait de prendre jawari, puis de la femme moudanassa n’ayant pas le droit de parler d’islam) tout ceci en attendant de venir à l’expérience blogosphérique d’Olfa Youssef. C’est alors que l’un d’entre eux s’est levé et s’est mis à crier « nous ne sommes pas là pour parler des femmes, ni de la polygamie…ni des jawaris… nous sommes des révolutionnaires. Ect. » ils on t menacé de quitté la salle si on ne m’empêche pas de continuer… l’un d’entre eux lance même, t’es qui toi d’abord, on connaît même pas ton blog… nous les admins de pages on a des milliers de fans et toi t’en as combien ??? »
Mon Dieu si le ridicule pouvait tuer des fois…..
Ensuite l’un d’entre eux s’avance vers moi menaçant me traitant de folle et d’obsédé disant qu’il ne reste plus qu’à parler de « 7aydh ennissa et du neffess ». Heureusement que les blogueurs sur place et les journalistes se sont interposés. L’autre m’a traitée de Jarya et de sale…
Je leur ai dit que c’était l’illustration même et on ne peut pas rêver mieux, de l’objet de ma communication. On les a fait sortir de la salle. Ils continuaient à crier. On leur a expliqué que l’usage veut qu’une personne expose son point de vue et qu’ensuite on la discute et que s’ils ont des remarques, ils peuvent les faire après. Ils continuaient à crier que je n’avais pas le droit de parler et qu’ils ne voulaient pas discuter.
Voilà donc l’exemple type de la liberté d’internet et d’expression auquel on a droit sur FB et encore mieux au sein même du palais présidentiel.
Ces personnes là étaient venues pour faire le show, et voyant qu’ils avaient affaire à des universitaires ont compris le peu d’intérêt qu’ils représentaient et ont donc voulu user de la force pour nous intimider.
C’est plus facile d’insulter une femme quand on est en bande… c’est connu….
Enfin erroujlya ta7dher ou etghib… et aujourd'hui ghabet de leurs côtés.
Sinon quand on leur a demandé le nom de leurs pages c’était « koora » et « qanet el tanbir ».. à vous de juger de l’importance scientifique et de l’apport phénoménal dans ce jour qui aurait dû être celui de la liberté pour tous, mais qui n’a été que celui d’une insulte éclatante pour celui qui n’a sûrement pas lutté pour encourager ceux qui réclament la liberté d’expression unilatérale imposée par la force.
Je vous donnerai plus de détails ce soir.. Je vous écris depuis une aire d’autoroute désolée pour les fautes, je n’ai pas le temps de relire. à +
Je dis ça je dis rien mais "7aydh ennisé" ferait un excellent billet!
L'impact des menstruations sur le féminisme dominical en cuisine ainsi que sur le goût du sang des jihadistes dont les 4 femmes auraient des horloges biologiques synchro!