mercredi 14 mars 2012

Hommage aux chevaliers de la 25ème heure...


Après toute la polémique suscitée hier, je voulais revenir et donner mon point de vue en complément du compte rendu que j’ai fourni hier.

Je commencerai par dire que je ne regrette pas du tout d’être allée au palais et je remercie Wissem de m’avoir conviée malgré le malentendu qui s’est installé entre nous. Je devais intervenir sur la manière dont un public peut appréhender la liberté d’expression quand il s’agit d’une femme bloggeuse qui parle trop librement. De quelle manière sont attaquées ces bloggeuses ? Et la question était, « y-a-t-il des limites et des mots faits pour les femmes et d’autres exclusivement masculins ? » Le problème qui s’est posé est que Wissem pensait que j’allais intervenir sur le littéraire dans la blogosphère, puisque j’étais professeur de lettres d’où le malentendu. Ceux qui devaient intervenir étaient des chercheurs et des universitaires qui pensaient s’adresser à un public cultivé et averti. Là où le bât blesse, c’est que certains énergumènes étaient là pour en découdre et pour créer le buzz.

Je rencontre le frère de Zouhair qui me dit comprendre que des blogueurs aient décliné l’invitation mais qu’il aurait aimé qu’ils soient là pour dire un mot et non pas faire la politique de la chaise vide. Je lui ai dit qu’après ma communication j’allais dire un mot au sujet de cette journée. Il m’a remerciée. Et c’est des gens, admins de pages, qui ignorent même le nom de Zouhair en le confondant avec Mokhtar qui se proclament révolutionnaires.

Beaucoup reprochent à Wissem d’avoir invité ces individus. J’en ai discuté avec lui. Et je pense comme lui qu’il leur aurait fait de la pub gratuite s’ils les avaient exclus et c’est tant mieux qu’ils soient venus car ils se sont ridiculisés royalement en public, vidéo à l’appui… comme je l’ai dit dans mon post précédent, « erroujoulya ta7dhar et etghib » et ce jour là elle était absente de leurs côtés, puisque nous avons vu une bande d’ignares qui a fait preuve dans la vie du tjoubir dont ils font preuve sur leurs pages. Certains m’ont reproché de ne pas avoir répondu à l’un d’entre eux quand il m’a traitée de Jerya. Or, on ne joue pas dans la même cour. J’étais là en tant que bloggeuse et universitaire et je ne peux me permettre de me rabaisser à des individus qui n'ont aucun niveau et qui osent m’insulter parce qu’ils sont en groupe et surtout parce qu’ils ont été payés pour le faire. Les vidéos montrent clairement qu’ils attendaient juste une occasion pour faire le cirque, comme des toutous bien dressés par leurs maîtres. Je ne me rabaisse pas à ces petites gens, je les ignore.

Pendant la première intervention je voyais la mère de Zouhair Yahiaoui qui pleurait, dignement et en silence. Je lui ai fait un petit signe en lui disant d’attendre un peu. Quand j’ai pris la parole, j’ai dit que je ne remerciais pas le président mais la maman de Zouhair, pour toute la peine qu’elle ressent et qui ne l’a pas empêchée d’être parmi nous.

Je n’étais pas là pour faire le buzz, mais pour transmettre un message au nom des blogueurs qui n’étaient pas venus. Je n’étais pas non plus venue pour provoquer. La première partie qui devait parler de blogging et religion, voulait s’attarder sur le cas d’Olfa Youssef puis Massir, la seconde concernant la politique devait parler de Fatma Riahi. Mais il semblerait que la religion qui est celle de tous, soit le monopole de certains et que je n’ai pas le droit d’en parler. Ce qu’ils ont fait était donc l’illustration parfaite de ce dont le parlais dans ma communication. L’autre problème d’ordre méthodologique qui s’est posé était celui des articulations scientifiques. J’avais dû en effet improviser une traduction simultanée pour ne pas leur donner l’occasion de faire leur show et avec ça, ils ont voulu m’empêcher de parler arguant le fait qu’ils n’étaient pas venus pour écouter mais pour parler de leurs pages Facebook et qu’ils avaient une légitimité révolutionnaire, apparue comme par enchantement au lendemain du 14 janvier, parce que la veille ils remerciaient chaleureusement Ben Ali d’avoir levé la censure. L’un d’entre eux me demande qui je suis et d’où je viens… et que lui étant l’admin de la plus grande page FB est en droit de me demander combien de fans j’avais à mon actif… J’étais tellement pétée de rire de leur ridicule que cela ne m’a même pas fâchée.

J’ai donc continué, ils sont sortis. A la fin de la conférence, je suis allée voir la maman de Zouhair pour m’excuser de cette polémique. Elle m’a remerciée… oui chers lecteurs, elle m’a remerciée, la sœur de Zouhair aussi… elle m’a dit que c’était pour ça que Zouhair c’était battu. L’une des anciennes camarades de route de Zouhair active sur Tunezine, me dit, « merci d’avoir parlé de ce problème, nous-mêmes avons été attaquées pour ce combat que nous avons mené contre la dictature, et l’insulte de Jerya, on en a reçu des pareilles des milliers de fois ». « Tu as honoré la mémoire de Zouhair alors que eux l’ont insulté, rabbi yehdi.. »

Donc tous ceux qui ont été offusqués par mes propos, tous ceux qui ont jugé mon intervention hors sujet sans parler de certaines jalousies que l’on a pas de mal à débusquer dans les petites phrases témoignant de la bassesse de leurs auteurs, et bien ne m’atteignent pas mes chers. Elles ne m’atteignent pas, tant que les proches de ceux dont on célèbre la mémoire, m’ont remerciée, et tant que la mère de Zouhair m’a pris dans ces bras et m’a remerciée. Les chiens aboient, la caravane passe.

Je vous remercie encore une fois de votre soutien, mais quand je vois des gens comme Zouhair qui ont été arrêtés, torturés puis morts, je ne peux avoir l’indécence de prétendre être une bloggeuse-star, je n’en ai jamais eu la vanité ni l'arrogance et ce que je dis n’est rien devant le combat que mènent les vrais militants sur le terrain. ; Même si vos témoignages d’amitiés et de soutien provoquent chez moi le tournis, j’en suis souvent la première étonnée et je n’arrive pas toujours à l’expliquer ni à l’assumer.

Il n’est pas difficile d’être un héros dans cette époque où la médiocrité est la règle. Je n’ai pas l’étoffe de ce nouvel héroïsme. Je ne suis qu’une tunisienne qui essaie de parler librement alors que d’autres sont morts pour l’avoir fait.

Pour finir, je vous transmets, pour ceux qui veulent la lire la fin de ma communication et le message que j’ai transmis au gouvernement hier en la journée du 13 mars.

« D’après les exemples cités, il semblerait que ce soit la femme encore et toujours le bouc émissaire de l’épuration éthique que certains veulent mener. Nous sommes en droit de nous inquiéter aujourd’hui, car nous nous rendons compte que les pressions vécues par les femmes dans le réel dépasse de loin celles vécues virtuellement sur facebook. Il ne s’agit plus de parler de la femme cyberdissidente mais le rôle de la femme aujourd’hui dans cette société de plus en plus machiste, devient en elle même une dissidence, dans son combat quotidien contre l’obscurantisme.

. Zouhair Yahiaoui a ouvert la voie du cyberactivisme, car il ne suffit pas d’être blogueur, beaucoup l’ont été, mais cyberdissident. Et je m’étonne qu’il y ait si peu d’invités qui représente la cyberdissidence en Tunisie. Mais ceux-ci viendront-il au palais de Carthage pour célébrer la journée d’internet ? Ceci pourrait sant doute s’expliquer par la crainte que la récupération politique puisse tuer la cyberdissidence et beaucoup ont poliment refusé l’invitation.

Je me demande d’ailleurs s’il s’agit de la journée d’internet libre ou s’il s’agit de la journée de ceux qui ont appris à utiliser internet une fois qu’il est devenu libre ?


Cette journée décrétée journée nationale de la liberté d’internet aurait plus gagné en crédibilité si elle avait été accompagnée de mesure concrète qui mettent en œuvre cette liberté chérie, pour laquelle Zouhair Yahiaoui s’est battu et mort comme l’accès à la liberté de l’information comme droit fondamental et constitutionnel, le droit à la liberté d’expression comme droit fondamental. En ces temps où la police des mœurs, remplace Ammar 404 de Ben Ali, nous attendons une position de la part de ce gouvernement dans l’affaire Ettounsya, de Nessma et de l’ATI, sans quoi cette journée n’aura pas de sens .

Je regrette l’absence de beaucoup d’anciens blogueurs qui ont mené des luttes contre la dictature alors que d’autres se terraient. J’espère aujourd’hui un signe fort et positif du gouvernement pour donner un sens à cette journée et que ce ne soit pas une récupération d’une cause pour laquelle nous nous sommes battus et pour laquelle, Zouhair Yahiaoui est mort, non en se proclamant héros, mais comme quelqu’un qui faisait juste son devoir.

Ce qu’a fait Zouhair Yahiaoui, il y a de cela 9 ans, devrait être aujourd’hui, le quotidien de l’héroïsme ordinaire d’un tunisien extraordinaire. Je me demande encore si cette journée a un sens quand on commémore la disparition d’un militant et que l’on sait que ses tortionnaires, eux courent toujours…on ne peut parler de liberté tant que les coupables eux sont libres. »

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Encore BRAVO!

"Les chiens aboient et la caravane passe."
J'ai regardé la vidéo et je me suis rendue compte de la bassesse et de la médiocrité de leur mentalité et langage.
L.M

Dhafer a dit…

Tu as vu la haine dans les yeux de ces enfoirés ???! Jolanare, tu dois être quelqu'un de vraiment bien pour susciter de tels regards ! On ne se connaît pas, mais je ne peux que te dire mon soutien et mon admiration. C'est grâce à des femmes de ta trempe qu'aura lieu la vraie révolution, celle des mentalités et de de l'imaginaire collectif. Tiens bon camarade !

Anonyme a dit…

Arrêtez de faire la victime , et de parler de respect .. la bassesse se lit dans (presque) la totalité de vos "articles", et maintenant vous venez donner des leçons aux autres ! voyons !

Red Lord a dit…

Malgré toute cette belle explication..j'ai toujours du mal à comprendre pourquoi vous vous êtes lancée sur le terrain de militantisme féministe alors que c'était une journée pour commémorer la liberté sur le net. Au final je pense que vous avez desservis les deux cause..

ça me rappelle tous ceux se greffe à une quelconque manifestation pour faire passer leur message sur l'urgence de la libération de la Palestine. Il faut savoir mettre chaque chose à sa place il me semble.

Amicalement.

Amine Koubaa a dit…

Bravo Jolanare!
Soutiens!!

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'ai bien vu votre réponse au sujet des fautes. Les avoir corrigées et accepter la critique, c'est tout à votre honneur. Pour le reste, je peux vous le dire maintenant, je suis d'accord avec vous au sujet de ce que vous disiez des failles de notre "révolution". Pour moi, les chercheurs, au lieu de s'inscrire dans un discours polémique et instrumentalisable à souhait, devraient, au nom de l'indépendance et d'une saine volonté de savoir, s'atteler très vite à tenter de comprendre ces failles. A tenter surtout de comprendre quelles seraient les conditions, objectives, mais aussi subjectives, pour que cette belle chose ne soit plus écrite entre guillemets...

Anonyme a dit…

Dans mon précédent message, j'avais oublié de signer: Tahar