lundi 5 mars 2012

Ne me libère pas, je m'en charge... hommage aux femmes, salement libres


« A 11 ans les mecs me draguaient déjà. Je n'étais pourtant pas une Lolita. Je n'en avais ni la fragilité ni la force. Juste une petite boulette avec beaucoup d'ambitions et peu de moyens.

Je me rappelle même qu’un jeune homme devant l’école m’avait caressé les cheveux que j’avais pris soin de détacher dès que je suis sortie de notre maison. Ma mère tous les matins me faisait une très belle tresse et dès que je tournais le coin de la rue je défaisais les élastiques qui entravaient ma liberté. Mon enfance à la maison était un univers peuplé de femmes, oppressant. Des démons austères et silencieux qui ne m’expliquaient rien et je devais tout découvrir seule, la puberté, la sexualité, et pourquoi porter un soutien gorge. J’enlevais tous les soirs mon petit soutien gorge en soie et dentelle qui me gênait et m’obligeait à me sentir femme alors que je n’étais qu’une enfant. Je le cachais sous mon matelas et j’écrasais ma poitrine d’une nuisette serrée pour qu’on ne voit pas mes seins poindre. Ma mère l’a découvert une fois, elle m’a crié dessus sans rien me dire et m’a obligée à le porter en venant me tâter le dos à chaque fois pour vérifier si je le portais bien. Je subissais cet examen comme un viol. La pudeur qui effaçait ma féminité à la maison, disparaissait dès que je franchissais la porte et je me libérais dans la rue.»

La difficulté n’était pas pour moi d’être une femme, mais de le devenir. . La première fois que j’ai pris conscience que la femme, chez beaucoup d’hommes n’a pas un meilleur statut que celui d’un esclave, c’était après la révolution de Janvier 2011. Le mot féminisme me rebutait tellement je l’associais inconsciemment à un combat de femelles hystériques. Pour moi être féministe c’était se sentir différente de l’homme mais surtout inférieure. Il me suffisait jusqu’alors d’être femme.

Je n’aurais jamais pensé qu’un jour je serais obligée de défendre mon droit élémentaire à l’existence en tant que personne sexuée, ayant des seins, une bouche pulpeuse et la capacité de raisonner. Ayant acquis mes droits en héritage, je ne compris jamais l’utilité de me battre pour quelque chose que j’avais déjà et qui me semblait solidement ancré dans la société tunisienne. Quand on a vécu toute son enfance avec un père qui ne cessait de crier à tout va, sa fierté d’avoir deux filles et le bonheur qu’il a quand on courait l’embrasser quand il rentrait du boulot, qu’on lui enlevait ses chaussures, qu’on lui volait son journal, et qu’on lui cassait la tête avec nos chamailleries, on n’a pas honte d’être une fille. Et lui le bonheur simple qu’il se permettait, était de faire la sieste dans un des lits de ses filles. Je n’avais pas besoin d’être féministe, mon père n’a jamais jugé bon de nous considérer comme inférieures. Il avait même l’indécence impie de nous préférer ma sœur et moi à mes frères. El benet a7an 3ala bouhom comme il disait.

Mais voilà quaujourd’hui, je me trouve au lendemain d’une révolution qui au lieu d’être celle de la liberté pour tous, nous propulse des années en arrière, annihilant par la même toutes les avancées que je croyais acquises. Je suis aujourd’hui inquiète pour mon avenir et pour mes droits. Comme il y a le racisme ordinaire, il y a le masochisme ordinaire. Que des mâles, mals dans leurs peaux, en voulant au monde, et à leur mère d’abord, de les avoir enfantés, agressent des femmes les appelant à rester chez elles et ne voyant en elles que le récipiendiaire de leurs auguste semence, cela n'est pas nouveau. Il ne faut pas trop gratter pour découvrir l’homme de cromagnon qui sommeille en beaucoup d’entres eux mais aussi la fragilité de ces hommes qui pour s’affirmer ont besoin de dominer. Ces hommes-là, ne lèveront jamais la tête d’entre les cuisses de la femme, c’est de là qu’ils viennent et c’est là qu’ils sont restés à jamais emprisonnés.

Mais que des femmes, appellent à la domination du mâle et à sa protection, cela ne peut s’expliquer que par le syndrome de l’éternelle mineure et du fantasme exacerbé du pompier et de la sainte nitouche que l'on renconttre dans un mauvaise série B. Ces femmes se limitent elles aussi à leurs parties inférieures et leur mission sacrée est de perpétuer la descendance de leur auguste époux par un élan primitif provoqué par la peur de l’extinction de leur race.

Ces femmes-là, ont toujours existé, et c’est pour celles là que l’expression « neqisseton 3a9lon wa din » a été inventée. Quant à moi excusez moi, mesdames, mais surtout messieurs….de vous avouer que je suis une femme dangereuse, celle pour qui l’expression « la dine la mella », a été inventée. Une paria sans doute, une hérétique, c’est vous qui le dites…mais surtout une femme libre, salement libre.

10 commentaires:

ولد بيرسا a dit…

فين تحطّ نفسك تصيبها يا جولانار
tu peux toujours te voir dans les yeux de ces minus, et tu te sentiras tous les jours un peu plus "mineure" et un peu plus "chose"
Tu as aussi une autre alternative, celle de voir ta belle image de femme intelligente, active, forte, profonde, instruite, talentueuse, brillante, magique...., et avec des lèvres pulpeuses et une belle poitrine en plus :) dans les yeux de vrais hommes qui savent discerner la force et la grandeur des femmes derrière le voile de leur fragilité. Et dieu seul sait s'il y en a!!!
Laisse ce ramassis d'imbéciles se consumer dans son impuissance et son envie..., les rais de leurs regards sont trop mous pour atteindre vos peaux soyeuses et vos esprits rayonnants.
Laisse les braire, et...
بلغة أخرى: دعاء القحاب ما يكسّر مراكب

jolanare a dit…

malheureusement ces minus envahissent notre espace vital et on ne doit pas être obligés de vivre dans une cloche en verre pour les éviter.

apotheosis a dit…

Des femmes libres ?? !! Y en a encore ? ^^

J’ai l'impression que les Tunisiennes ne sont que des "ispices di counasse" comme les autres, et que les quelques exceptions comme toi sont en voie de disparition :

http://anapotheosis.blogspot.com/2012/03/blog-post_7814.html

Leila Baccouche a dit…

J'aime beaucoup ton article mais je déteste la photo Jo.

jolanare a dit…

la version photo soft est sur mon profil facebook en article si tu préfères https://www.facebook.com/notes/jolanare-jo/ne-me-lib%C3%A8re-pas-je-men-charge-hommage-aux-femmes-salement-libres/10150647044149165

alex cool a dit…

Vision catastrophiste des choses. Je vois en Tunisie une proportion majoritaire de femmes émancipées, silencieuses, productives ou même engagées à défendre des idéaux et qui ne décrivent pas - pour autant- la douleur que vous éprouvez. Quand à l'introduction amadouante, elle ne sort pas du contexte d'un début d'adolescence classique et dont les garçons n'échapperaient pas à leurs part de perturbations psycho- anatomiques quasi-obligatoires . Vous êtres seulement à fleure de peau, avec une sensibilité exacerbée vu les circonstances actuelles.
La femmes en Tunisie à des acquis en béton, et aussi les moyens de les défendre. Toutes les femmes défendent des libertés, mais toutes les femmes n'ont pas la même vision de la liberté.
je ne suis pas inquiet pour mon pays, je suis confiant et certain que la femme saurait préserver et décupler ses acquis. D'ailleurs, Ceux qui semblent menacer les libertés, menaceraient la liberté globale et pas uniquement celle des femmes. Ceci dit, ils n'ont pas la cote parmi ce peuple qui n'a jamais blairé la soumission.

Anonyme a dit…

Les femmes Tunisiennes émancipées existent mais de plus en plus de femmes acceptent la soumission et ne réagissent pas comme vous.
Les informations que nous recevons de la Tunisie , nous laissent perplexes et nous plongent dans la tristesse ...
Il faut des femmes comme vous qui sont vigilantes à cette vague d'obscurantisme.
Bonne Fête à toutes les Femmes qui
tiennent la tête haute et ne se laissent pas écraser par les paroles réactionnaires...
Tenez bon et ne lâchez rien!!!
L.M

Bob a dit…

Put1, tu nous as habillés pour l'hiver!!!

chipie-chipounette a dit…

ma plus grande découverte avec cette "révolution" et spécifiquement après l'affaire du viol, ce n'est pas que le tunisien moyen est mysogine et macho, ça tout le monde le savait, ma plus grande découverte c'est que la tunisienne moyenne l'est encore plus et ça ça m'écoeure!!!

Ghassen Mzoughi a dit…

Le machisme n'est pas uniquement une affaire d'hommes. Les femmes reproduisent également le même schéma de ce qu'elle ont subi. Et elle sont assez souvent encore plus dures en matière de sexisme.