
Depuis un certain temps je remarque que certaines personnes de mauvaise foi, n’ayant pas trouvé le moyen d’accuser d’apostasie ( tekfir) les tunisiens qui ont manifesté hier vu qu’il n’y avait aucun slogan islamophobe mais gouvernementophobe puisque le citoyen lambda a bien compris la différence, s’amusent à publier des montages photos représentant des tunisiennes (mignonnes de préférence) d’un côté et des tunisiens en situation précaire de l’autre en mentionnant : voilà la démocratie pour laquelle se battent les premières quand le deuxième ( le zawali) meurt de faim et de froid.
Il semblerait qu’après avoir joué sur la division entre musulman et laïc kafer pendant toute la campagne et ce jusqu’à la nausée et voyant le ras le bol du tunisien moyen qui s’inquiète de cette minorité qui se sent plus musulmane que d’autres, ces mêmes personnes aient choisi aujourd’hui de diviser le pays selon la classe sociale : zawali et bourgeois.
Je tenais pour ce faire rappeler à ceux qui semblent souffrir d’amnésie partielle certains points :
- Nous sommes d’abord tous des tunisiens, riches ou pauvres comme dans n’importe quel pays…nous n’avons été élevés ni à la culture qatari, ni à la culture wahabite.
- C’est la frange la plus populaire de la Tunisie, el zawawla comme certains les appellent qui ont voté pour ennahdha croyant qu’ils allaient régler leurs problèmes, alors que Hamma el Hamami qui défend le plus les ouvriers, n’a obtenu que 3 sièges. Quand beaucoup ont vu que le gouvernement ne réglerait pas leurs problèmes certaines personnes, grassement payées par les partis au pouvoir, se sont retournées contre ce qu’ils appellent la bourgeoisie pour l’accuser de tous les maux au lieu de renvoyer leurs généreux mécènes à leurs responsabilités.
- Les personnes qui étaient sur l’avenue hier, et qui parce qu’elles sont bien habillées ou un peu trop blondes ont été traitées de bourgeoises, étaient là pour rappeler leur attachement à la démocratie. Cette démocratie est ce qui permet aux « zwawla » d’exprimer leurs voix par les urnes. Et ce n’est pas la faute des personnes qui manifestent si ceux qui sont en situation précaire ne votent pas toujours pour la personne à même de régler leurs problèmes. Ici entre en jeu la culture politique qui reste lacunaire. C’est le gouvernement qui les a oubliés pendant les inondations, parce que zwawla justement, et non les citoyens tunisiens qui ont montré encore une fois qu’ils étaient solidaires face à l’adversité.
- Les manifestants contrairement aux apparences font partie de toutes les couches sociales et ils étaient là pour la Tunisie et pour le rêve d’une démocratie qui peine à se mettre en place. Si on avait le pouvoir d'éradiquer la misère on serait les premiers à le faire. Le jour où on a appelé les tunisiens à donner des dons, personne n'a hésité à le faire pour aider les autres. La société civile n'a pas autant de moyens que l'état pour mettre fin à ces injustices, m ais elle n’hésite pas à le faire dès qu’elle le peut. On ne va pas demander aux citoyens tunisiens de baisser le prix de la viande et des légumes ou de construire des routes. C’est le rôle de l’Etat et du gouvernement mandaté de le faire. C’est pour cela que l’on vote et que l’on désigne des députés.
- Au lieu de s’attaquer aux manifestants, qui militent pour beaucoup sur le terrain il aurait mieux fallu s’attaquer aux politiciens payés 3000 dinars et des privilèges pour ne rien faire. Je rappelle que la plupart des tunisiens ont fait leurs études en Tunisie, et n’ont pas eu le privilège de faire les université anglaises comme M. Bouchlaka et sa femme par exemple. Ils n’ont pas eu le privilège de se marier avec la fille du cheikh pour devenir ministre et venir « iboul 3alina » à daw7a. Ils n’ont pas eu le privilège de voyager aux frais de l’Etat au Maroc et refuser une suite qui ne coutait que 360 dinars… pas assez cher mon fils. Attaquez vous au népotisme et aux vendus de Qatar au lieu de critiquer les tunisiens qui se battent pour leurs droits.
- Avant de s’attaquer aux tunisiens qui étaient des milliers à manifester, en inventant encore une fois une nouvelle raison de nous diviser, occupez vous des politiciens véreux. Mais c’est sûr que ceux qui se taisaient sous Ben Ali, n’ont toujours pas le courage de l’ouvrir face au gouvernement et se permettent aujourd’hui de critiquer ( moyennant finance) ceux qui s’indignent contre le laisser aller des députés.
- C’est sûr que quand est de la trempe d’un admin facebook, le seul acte héroïque dont on capable est de partager une photo . Pour le reste, tounes 3andha rejelha et nesseha.
Voici un clip qui, à mon avis, illustre parfaitement ce texte.
http://www.youtube.com/watch?v=LZcusOCWr7g