La femme interdite

Aujourd'hui, une étudiante niqabée s'est présentée à mon cours. J'ai refusé qu'elle assiste. J'avoue que j'ai eu beau crier sur tous les toits ma haine de ces étudiantes fantômes, que je les virerais sans état d'âme et tout ce discours de femme libre et progressiste,qui n'a d'aplomb que dans les manifs et derrière un pc. Cette confrontation en live m'a bouleversée. J'ai toujours eu un excellent rapport avec mes étudiants. J'ai eu pitié de cette étudiante prisonnière de son tissu et moi prisonnière de mes convictions: on ne vient pas le visage couvert pour assister à un cours.On oublie souvent qu'un être humain se cache derrière ce voile. Elle n'a pas bronché.  J'aurais préféré qu'elle foute la pagaille et qu'elle se ramène avec un groupe de salafistes, elle m'aurait donné une bonne raison de la détester. Elle a été privée d'une leçon très importante. Elle se sentira sans doute stigmatisée par le regard que  l'on porte sur elle, moi et tant d'autres. Une liberté personnelle dira-t-elle. Un impératif social et pédagogique dirais-je. Aujourd'hui un morceau de tissu s'est dressé entre moi et  mon étudiante et j'en ai les larmes aux yeux. J'ai renvoyé mon étudiante et je n'en suis pas fière mais si c'était à refaire je le referai cent fois à contre coeur peut être, mais telles sont mes convictions. Une femme n'a pas à être grillagée, même  si elle réclame d'elle même cette servitude volontaire.

1 commentaires:

los-pistoleros-de-Tunez a dit…

Je partage à la fois ton intransigeance sur le principe et ton malaise lors du passage à l'acte ...

Je n'ai jamais eu de formation pédagogique mais j'ai du enseigner pendant deux ou trois semestres. Et de part mon humble expérience je peux certifier l'intérêt de voir la tête de son étudiant : d'avoir accès à son degré d'intérêt et de compréhension et de rectifier si nécessaire le déroulement du cours en fonction certes des réactions de la majorité mais souvent aussi en procédant au cas par cas ...

L'enseignement est un message à faire passer dans un climat de confiance mutuelle et j'avoue que le voile intégral ne peut que nuire à ce sentiment et ce non seulement au niveau de la relation entre le professeur et un étudiant particulier mais aussi entre les étudiants dans leur globalité.

En ce qui concerne le sentiment de la pauvre étudiante je comprends ta compassion sur un fond de stigmatisation ou d'atteinte à la liberté personnelle ... Cependant liberté individuelle doit se mettre au diapason de l'intérêt général. A titre d'exemple quand on se rend dans une piscine municipale qui se respecte et où le port du bonnet est obligatoire on a la choix entre appliquer la consigne d'hygiène ou tout simplement quitter les lieux !
Cela devrait être pareil pour l'université ou l'école : une certaine hygiène comportementale est de rigueur ...