La femme interdite


Aujourd'hui, une étudiante niqabée s'est présentée à mon cours. J'ai refusé qu'elle assiste. J'avoue que j'ai eu beau crier sur tous les toits ma haine de ces étudiantes fantômes, que je les virerais sans état d'âme et tout ce discours de femme libre et progressiste,qui n'a d'aplomb que dans les manifs et derrière un pc. Cette confrontation en live m'a bouleversée. J'ai toujours eu un excellent rapport avec mes étudiants. J'ai eu pitié de cette étudiante prisonnière de son tissu et moi prisonnière de mes convictions: on ne vient pas le visage couvert pour assister à un cours.On oublie souvent qu'un être humain se cache derrière ce voile. Elle n'a pas bronché.  J'aurais préféré qu'elle foute la pagaille et qu'elle se ramène avec un groupe de salafistes, elle m'aurait donné une bonne raison de la détester. Elle a été privée d'une leçon très importante. Elle se sentira sans doute stigmatisée par le regard que  l'on porte sur elle, moi et tant d'autres. Une liberté personnelle dira-t-elle. Un impératif social et pédagogique dirais-je. Aujourd'hui un morceau de tissu s'est dressé entre moi et  mon étudiante et j'en ai les larmes aux yeux. J'ai renvoyé mon étudiante et je n'en suis pas fière mais si c'était à refaire je le referai cent fois à contre coeur peut être, mais telles sont mes convictions. Une femme n'a pas à être grillagée, même  si elle réclame d'elle même cette servitude volontaire.