
Hier, une discussion surréaliste a eu lieu entre une journaliste du quotidien Al Maghreb, Sihem Ammar et Houcine Laabidi (radhyat ennahdha 3anhou) le cheikh de la Zitouna.
Pour résumer, la journaliste a dû porter le voile pour effectuer son interview à l’issue de laquelle, le cheikh s’est proclamé « maître » suprême et a exhorté la journaliste a l’appeler sidi. Celle-ci lui a répondu qu’elle pouvait l’appeler père, eu égard à son âge. Houcine Laabidi se met alors à l’insulter et la chasse de son bureau face à son refus d’obtempérer .
Je voudrais revenir sur plusieurs points qui ont retenu mon attention :
Otlob el 3elm men rouyous el fekeren : Je me demande premièrement quel est le statut de ce cheikh pour intervenir dans le contenu des programmes et de l’enseignement. Quels sont ses diplômes et ses compétences pédagogiques pour que certaines parties le consultent ? Qu’il soit consultant en théologie cela pourrait se comprendre, je ne doute une seconde que ses aptitudes se limitent à la lecture de Al tabari et Ibn Hachem. Ses connaissances scientifiques ne doivent surement pas dépasser kachkoucha efferalgan et un peu de safran pour rafraichir la mémoire. Mais ceci est une autre affaire, nous y reviendrons à l’occasion.
L’affaire baba-sidi : le fait que ce cheikh demande à la jeune femme de l’appeler sidi, n’est guère étonnant. Le fait d’avoir accepté de se voiler devant cet homme, alors que les lois du pays ne l’y obligent pas, est une acceptation latente qu’il est le maître. Est-il vraiment utile de dire « sidi rabbi » qu’on on accepte de porter un morceau de tissu et de se voiler devant un homme alors qu’on ne le fait pas devant Dieu ? Je ne reviendrai pas sur les relents paternalistes de son attitude qui révèlent une frustration machiste de vouloir tout commander…
Soun 9adrek, tel9ah : Chère Madame, le cheikh n’a fait que s’introduire dans la brèche que vous lui avez-vous-même ouverte en acceptant un accoutrement et un asservissement volontaire qui va contre vos principes. Dès le début, vous avez accepté d’une manière conventionnelle de le considérer comme votre maître. J’ai du respect pour ces femmes qui portent le voile par conviction religieuse. Les autres ne m’inspirent que mépris. Malheureusement, c’est ce genre d’attitude qui est en train d’opérer une mutation profonde dans les traditions de la société tunisienne. Cette fois-ci je ne compatirai pas avec la journaliste… et cette fois-ci ce n’est pas l’attitude du cheikh qui me scandalise mais celle de cette jeune femme, qui en portant ce voile par obligation, n’a fait que porter une pierre de plus à l’édifice d’une civilisation rétrograde.
Mes hommages, Madame.





